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Notes tirées de la biographie [1] de Flaubert par Pierre-Marc de Biasi
C’est l’ami Maxime [Du Camp] toujours dans ses diaboliques Souvenirs Littéraires, en 1882, qui révèle la source Delamare. Il l’enrichit au passage de plusieurs composantes empruntées à Madame Bovary (les adultères, la saisie, le suicide) tout à fait absents de l’histoire réelle que Flaubert avait pu utiliser comme point de départ. Cette astuce lui permettait d’étoffer son propos et d’enjoliver l’anecdote avec la conséquence désastreuse de lancer durablement l’investigation critique sur de fausses pistes. [2]
Quant au nom d’Emma Bovary, les manuscrits prouvent que Flaubert l’a mis au point vers la fin de juillet 1851, quelques semaines seulement avant de passer à la rédaction. D’après ce qu’en dit l’auteur lui-même, Bovary viendrait de la déformation de Bouvaret, nom d’un des directeurs de l’Hôtel du Nil où il avait séjourné au Caire en juin 1850 [...] cette source Bouvaret semble confirmée par les scénarios où l’on trouve la forme intermédiaire Bouvary [...] tout porte à penser que dans la déformation Bouvaret - Bouvary - Bovary, le passage de Bouvary à Bovary se soit opéré sous l’attraction d’un autre patronyme celui de Bovery, nom d’une demoiselle mêlée à l’affaire Loursel quui avait défrayé la chronique normande en 1844. [3].
... et voilà pourquoi, quoique peintre, le dénommé Vaufrylard [4]]] dont la bonne humeur blagueuse paraît complètement déplacée en la criconstance, ne se manifeste finalement qu’à travers des calembours, c’est-à-dire des jeux de mots littéralement non transposables en images.
Flaubert rejoint Cervantès, et L’Éducation sentimentale joue à l’égard de la tradition romanesque des XVIIIè et XIXè siècles, sensiblement le même rôle que le Don Quichotte en son temps avait joué vis-à-vis du roman de chevalerie. [5]
Une manière spéciale de vivre /Pierre-Marc de Biasi. - Grasset 2009.
[1] Une biographie spéciale si l’on veut, parce que s’appuyant essentiellement sur les matériaux de la correspondance et des carnets de Flaubert, mais une biographie nonobstant.
[2] p.148
[3] p.149
[4] Vaufrylard est l’"artiste peintre" qui accompagne Charles et Homais lors d’un voyage à Rouen , pour voir des tombeaux à la fin de Madame Bovary. Or Feydeau raconte dans son Théophile Gautier que Flaubert était appelé le "sire de Vaufrylard" dans les salons de Mme Sabatier. D’où l’idée de voir dans ce Vaufrylard une apparition hitchcockienne de l’auteur dans son œuvre.
[5] p.285, inspiré par La Théorie du roman de Lukács.