01/10/2026
Réunion avec les représentants, qui ne représentent personne mais il faut faire semblant. Et moins ils représentent, plus ils sont arrogants. Mention spéciale à l’organisation associée à la réaction, contre la "fabrique du crétin". Ces lettrés qui ne se donnent même pas la peine de prendre connaissance de ce qui se produit dans les entités de la boite, font remonter des griefs d’agents, de nombreux agents, d’un nombre pléthorique d’agents, de presque tous les agents...
- Combien ?
- Non, beaucoup, sérieusement.
_ - 10 ?
- Ce n’est pas la question.
_ - 4 ?
- Écoutez...
- Un seul.
- L’important c’est qu’il y a une remontée à considérer.
Soit. Le dialogue social s’est dégradé ces dernières années. L’individualisme et la vulgate économique n’aident certainement pas. Le niveau des OS non plus. Des boutiquiers. Et la proximité des élections n’arrange pas la donne.
Heureusement, dans l’après-midi, réunion pour faire le point sur un projet-challenge. Une équipe motivée, des ressources recrutées, un train sur les rails malgré les difficultés. Voilà, on est quand même mieux entre travailleurs.
02/10/2026
Quatre visios aujourd’hui, dont la dernière consacrée à mon point mensuel avec la patronne. Je peux avoir confiance en moi, je fais tout bien, je suis parfait. C’en est gênant. Et flippant. De cette position, je ne peux que dégringoler. "C’est mieux comme ça" me dit Spatz, c’est vrai. Je ne sais pas positiver.
Mais c’est vendredi, shaker time. 6 cl de rhum, 3 cl de sucre de canne, jus d’un demi citron vert, smoothie banane, glace. Bis, ter...
03/10/2026
D’ailleurs, ça ne veut rien dire, "qui on est". On n’est rien. l’être n’est qu’une syllabe du paraître. [1]
Terminé Ta promesse de Camille Laurens. Assez retourné je dois dire. Un moment que je n’ai pas lu une "fiction" aussi forte. Et aussi, j’ai compris quelque chose, j’ai compris mon erreur, eu égard à l’autrice que j’ai dénigré par le passé (bourgeoise qui consomme les autres - les hommes en particulier, qui les digère et les défèque dans des romans où par le fait ils n’ont pas fière allure...). Non, il n’y a pas d’un côté la narratrice-héroïne, intelligente, rationnelle, aimante, lumineuse etc. et de l’autre une figure d’homme, c’est-à-dire de pervers narcissique, secrètement sombre, méphistophélique mais surtout veule et naze au final. En fait, une seule figure est peinte, celle d’un être androgyne, ange et démon, un tout, un condensé d’humain, dans la limite de ce que peut donner à voir une conscience incarnée dans un corps de femme et située socialement.
Non, Claire, dans Ta promesse, n’a pas le beau rôle. "Tu ne cherches que des rencontres utiles, qui vont te servir d’une façon ou d’une autre" reproche-t-elle à Gilles [2]. Mais des éléments du passé de Claire Lancel, et a fortiori de l’autrice qui lui donne vie et dont on ne peut la détacher complètement dans le cadre de l’autofiction, ces éléments permettent d’appliquer la reproche à Claire-Camille. "Tu as réussi a faire de moi ton Mr Hyde" dit-elle encore [3]. Curieuse cette phrase ; Claire ne dit pas "tu as voulu exposer mon côté Hyde" ; elle dit que Gilles a fusionné les deux personnages : l’un est l’Hyde de l’autre ; la réciproque est vraie. Claire et Gilles sont deux facettes d’un même être blessé. Dans l’épilogue, Gilles retrace l’abandon maternel, Claire évoque la promesse non tenue du père. Ils sont poignants, tous les deux.
Camille Laurens n’écrit pas à charge contre les hommes, ou si, un peu, parce qu’elle donne à voir le monde d’un point de vue qui découle d’elle-même et qui est donc féminin. Mais le propos n’aurait pas la force qu’il a s’il n’avait pas de résonance universelle. C’est l’ambivalence des sentiments qui est mise à nu, notre dualité, notre nature perpétuellement composite. La confrontation au miroir est difficile parfois, mais elle est salutaire. On aimerait crier au monstre avec Claire lorsqu’elle dénonce la toxicité de Gilles en ces termes : "Plus elle doute, plus tu es heureux. Plus elle s’étiole, mieux tu te portes. Moins elle vit, plus tu respires". Mais ces sentiments mauvais, on peut au mieux se satisfaire de les avoir combattus ; on ne peut pas prétendre ne les avoir jamais éprouvés.
04/10/2026
Dîner chez les voisins avec les proprios hier soir. Découverte de l’intérieur des voisins qu’on côtoie depuis six ans. Waouh ! On connaissait le garage, plein jusqu’à la gueule de choses relevant du bricolage et des activités sportives - rien d’extraordinaire pour une famille avec quatre grands enfants dont le papa bricole beaucoup. La maison ne nous a pas déçus, elle nous a un peu effrayés. Ça s’appelle la syllogomanie, dans sa forme extrême. On n’en est pas là, mais quand même. Des boites, des dossiers, des appareils, des objets, partout, accumulés. Dans toutes les pièces. Qui deviennent par ce fait difficiles à nettoyer... Bref, un capharnaüm, un grand. Cinq mètres sous plafond dans le salon, quatre chambres, trois salles de bains, une terrasse immense, piscine. Et du bordel partout, au niveau pré-pathologique. Quand on se découvre, nous autres humains, on réalise à chaque fois qu’on a vraiment un grain.
Après, des gens super sympas. Très bon repas, tout fait maison, salade de lentilles au fromage de brebis avec diverses herbes dont de la coriandre, gratin de patates douces au confit de canard, financier et mousse au chocolat, tout ça avec un Pessac-Léognan que j’ai bien éclusé. L’impressionnante collection de toiles d’araignées ne m’a pas du tout dérangé. Amusé au contraire. Et quand nous sommes partis, Terry (notre proprio) m’a confirmé qu’on n’avait pas de souci à se faire pour 2028. Le bail serait renouvelé, sans nouvelle date limite et sans augmentation de loyer. Très bonne soirée.
Et dimanche dimanchien : salle le matin, cadet le midi, après-midi bouquins. j’ai quand même noté un propos du gamin, en substance : "s’agirait qu’ils arrêtent d’éborgner la jeunesse : ça va partir en couille". Nouvel avis de tempête.
05/10/2026
On est début octobre, les gens en ont déjà marre, du taf. "La charge !", "la charge !" se lamentent-ils mezzo voce (on ne sait jamais, des fois qu’on leur rappelle qu’il ne tient qu’à eux de retourner sur le terrain). Ils sont éreintés ! Par le boulot, vraiment ? Je leur proposerais bien d’aller en discuter avec les plombiers, les plaquistes et les maçons qui leur préparent un bâtiment tout neuf, mais bon, ils m’accuseraient de facilité. On leur demande d’effectuer leur travail intellectuel dans des délais contraints... Soit. D’une part ces délais sont inhérents aux projets qu’ils portent, et d’autre part, ils ne travaillent pas aux Urgences de l’hôpital... La vie de personne n’est en jeu ; à chaque alerte sur le planning, on se réunit, on trouve une solution, et en dernière extrémité, on sortira avec un peu de retard...
Je crois que le taf a bon dos. Les chaleurs de l’été qui s’étirent encore en ce début d’octobre ont bien fatigué les organismes ; ces canicules répétitives avec mégafeux ont définitivement concrétisé le dérèglement climatique ; l’avenir proche est plus incertain que jamais avec une situation internationale qui se tend et des élections nationales qui s’annoncent spectaculaires... Bref, la séquence est anxiogène. Or fatigue et peur diffuse ne mettent pas dans les meilleurs dispositions pour accepter les contraintes associées à toute forme d’organisation du travail.
06/10/2026
En treillis blindé, carapace "ils me font chier ces privilégiés jamais contents", tu circules dans l’enceinte le visage même pas fermé, comme si de rien n’était, mais tu les snobes. Tu rassures les managers intermédiaires, qui prennent cher, "ils ne nous méritent pas leur dis-tu" et tu vaques à tes occupations, devant le PC. Et soudain, une agente te demandes si tu aurais le temps de relire les premiers éléments de contenu d’un gros projet qui va nous occuper deux ans. Et c’est bon. Le contenu est bon. Et c’est bon de lire un bon contenu. Tu retires tes protections. Ils font chier ces fragiles, mais si tu te concentres sur ce qu’ils produisent, tu en retires toujours quelque satisfaction.